Al'occasion des 20 ans de photoshop, se tenait une soirée Pecha Kucha, une présentation de projets de designers, artistes, graphistes, photographes au format particulier : 20 slides x 20 s = 6min 40 de présentation pour « raconter » le processus création, l’histoire d’un projet.

Le thème de cette session était "Mirages et Futurs" où comment des techniques de traitement de l'image permettent de rendre compte d'une certaine réalité (déformées, extrapolées, sublimées, etc.) et de créer de nouveaux territoires de recherches.

(Article rédigé par Mathilde Maître, Christine Tong, Margaux Rieu)


Electronic Shadow, «L’espace démultiplié par l’image et le temps»

La première présentation est celle de l’agence Electronic shadow, créé en 2000 par Naziha Mestaoui, architecte et artiste et Yacine Aït Kaci, réalisateur et artiste. Dans le temps imparti de 6min40, ils avaient l’ambition de retracer les dix années de projets de leur agence. Ce qui ressortait de cette masse éclectique de projets, c’est leur vision de l’architecture et d’une espace habitable :

Du constat que l’espace habitable tend à se réduire à mesure que celui des écrans augmentent, ils tirent la conclusion que l’architecture est un espace de réalité augmentée, support de projection interactif dont l’interface reste toujours le visiteur ou l’habitant. Leurs propositions mélangent l’espace et l’image, la matière et la lumière dans différentes disciplines; l'art, l'architecture, le design, la mise en scène.

Dès 2003, avec leur installation 3minutes2, ils utilisent le mapping vidéo (inventé et breveté pour l’occasion, une technique de projection vidéo sur des formes ou des objets) pour faire que l’habitat se reconfigure en fonction des activités de l’habitant : l’image est sortie de son cadre traditionnel, l’écran, et devient surface d’information et texture qui s‘applique partout.

(Le mieux reste de se faire sa propre expérience en découvrant leurs installations. Par exemple, à Paris : Superfluidity, à L’éclaireur.)


Cyril Afsa et ses objets polychromes

20 images x 20 secondes, c'est ce dont Cyril Afsa, designer tout droit sorti de l'ENSCI-les Ateliers promotion 2007, disposait pour nous exposer son projet de diplôme consacré aux objets polychromes. Son périmètre de réflexion s'articulait autour de la polychromie dans l'objet industriel, la valeur qu'on lui accorde ainsi que la perception que l'on en a. En mettant en opposition la polychromie dans l'ameublement ancien et les objets monochromes d'aujourd'hui, il nous a expliqué comment il en est arrivé à retranscrire sa perception du volume en couleur. Avec une allure de design futuriste, il nous a présenté trois objets tirés de notre quotidien : un ventilateur, une radio et des packagings pour fard à paupières

Avec son étude poussée sur le caractère réel, parfois trompeuse de la couleur, elle n'est pas sans nous évoquer le travail d'Yves Klein ainsi que son travail sur le pouvoir de la couleur à donner une âme aux objets qui la réprésente. Son célèbre bleu profond déposé sous le nom de "IKB" (international Klein Blue) en est la preuve matérielle. Pour ce dernier « sentir l’âme, sans expliquer, sans vocabulaire et représenter cette sensation, c’est, [il] croit, l’une des raisons qui [l'a] amené à la monochromie. » On comprend alors que les deux opposés ne sont pas si opposés que ça, la monochromie et la polychromie étant tous deux des sujets de réflexion basés sur l'irrationalité, l'immatérialité et la perception des sens que bons nombres d'artistes cherchent à retranscrire. Que ce soit dans le domaine artistique ou industriel, la couleur est tout aussi impalpable...


Tania Ruiz Gutiérrez, une expérience qui invite au voyage

Parmi les présentations Pecha Kucha une s'est particulièrement détachée par son originalité, la dernière Itineracy. Il s'agissait pour Tania Ruiz Gutiérrez de transformer la station du métro à Malmö en Suède faite de murs en béton sans aucune ouverture sur l'extérieur. Le lieu était donc étouffant et il fallait trouver une solution pour l'égayer et le rendre agréable. Pas simple comme mission.

Elle a eu une idée ingénieuse qui consiste à faire une sorte de trompe l'œil en vidéo. Le trompe l'œil est donc animé et non statique. Pendant que l'usager attend son train, il voit défiler un paysage grâce à des vidéos projetées sur les murs de bétons. Les vidéos donnent l'illusion que l'on est dans un train grâce à leur format qui représente l'ouverture des fenêtres présentes dans un train.

Le paysage défile lentement pour donner une ambiance calme et relaxante. En effet, les images enregistrées ont été ralenties et contrastent bien avec le mode de vie urbain actuel, la démarche était de ne pas stresser le spectateur. L'illusion est très bien faite, on se croit réellement à bord d'un train. L'installation est très bien pensée car un voyageur qui regarde pendant 5 min la vidéo ne reverra les mêmes images que 5 ans plus tard. Sa mémoire ne s'en souviendra sûrement pas et il aura l'illusion de voir quelque chose de nouveau. Il n'y a donc pas de répétition qui risquerait de lasser le spectateur. La lumière aussi à été minutieusement étudiée. Il ne fallait pas qu'il fasse trop noir, c'est un lieu de passage, et en même temps trop de lumière aurait gêné la bonne visibilité des vidéos.

L'image apporte ici un vrai plus et n'est pas un simple habillage visuel pour "faire joli". La vidéo prend une dimension utile et surtout essentielle pour rendre un lieu agréable. C'est une fenêtre sur le monde et la place de l'image prend ici tout son sens. L'expérience du lieu s'en trouve réellement changée, métamorphosée.

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Anonymous on Wed, 06/02/2010 - 19:46

très intéressant blog passionnant merci