
Le 17 juin à La Cantine était organisée une soirée autour de l'apport de l'ergonomie lors de la conception d'un produit. La soirée était organisée par le Réseau des jeunes chercheurs en ergonomie, réseau qui compte une quarantaine d'ergonomes et de jeunes doctorants.
La soirée a commencé par une présentation de la discipline qui regroupe 3 000 ergonomes en France. L'ergonomie est la science qui vise la compréhension et l'étude des interactions de l'homme avec une machine ou un système. De nombreuses spécialités confèrent à la discipline un caractère multidisciplinaire. A la croisée de plusieurs disciplines (sciences cognitives, psychologie,…), les ergonomes ont également des profils différents en fonction de leurs domaines d'expertise et de leurs collaborations avec d'autres métiers (ingénieurs, concepteurs, marketeurs…)
Historique
La discipline est apparue dans les années 30. L'objectif d'alors était d'améliorer les performances des travailleurs sur les outils de l'époque et d'adapter l'homme à ses conditions de travail. Depuis un retournement a été opéré. Grâce au développement des données sur l'être humain, il s'agit aujourd'hui d'adapter les outils et les situations à l'homme. On parle ainsi d'human engineering, d'ergonomics ou de conception centrée utilisateur.
Les grands domaines de l'ergonomie
La discipline repose sur 3 grands domaines de compétences :
- L'ergonomie physique, qui permet de savoir si un produit est bien conçu en fonction des caractéristiques physiologiques et morphologiques de l'être humain.
- L'ergonomie organisationnelle davantage orientée vers l'entreprise, son organisation, ses process et sa gestion de l'information.
- L'ergonomie cognitive davantage centrée sur l'étude de la mémoire et de la charge mentale d'apprentissage que peuvent représenter une interface par exemple.
La méthode
La discipline se caractérise surtout par une méthode qui lui confère son caractère scientifique. Cette méthode repose en effet sur l'enregistrement de données et leur analyse.
Sur la base d'enquête et d'interviews, les ergonomes dressent le profil des futurs utilisateurs (âges, connaissances technologiques par exemple). Cette étape achevée, des simulations sont mises en place dans les conditions réelles d'utilisation d'un produit. Cette phase de simulation, de prototypage et d'observation permet la récolte de données et leur interprétations. Cette phase d'analyse est suivie d'une nouvelle phase d'entretiens avec les "cobayes" pour améliorer le produit. Le nombre d'itérations est variable en fonction du budget alloué à l'étude ergonomique.
De cette étude des usages et des comportements, peuvent déboucher des éléments d'innovation.
L'ergonomie en phase de conception
Il est important d'intégrer une réflexion ergonomique lors de la conception d'un produit lorsque des marges de manœuvres sont encore existantes dans l'élaboration d'un produit. Au grand regret des ergonomes, trop de projets font intervenir cette étude une fois un produit achevé : il est alors trop tard pour corriger des problèmes de conception que leur analyse auraient pu éviter. L'ergonomie en conception permet également de mieux maîtriser les risques dans l'innovation quelle soit incrémentale ou de rupture. la discipline est une alliée précieuse dans la conception d'un produit car elle permet, sur la base d'une connaissance de l'homme et d'une démarche scientifique d'anticiper certains défaut d'un produit.
La présentation a été suivie par des ateliers autour de 4 ateliers : Drone by Parro , Navicrawler, Digitable, Avatars.
Navicrawler
Dominique Fréard, docteur en psychologie ergonomique, nous a présenté sa méthode pour étudier les communautés et représenter graphiquement les relations au sein d'une communauté. Cette exploration repose sur l'étude des échanges de liens hypertextes entre les sites d'une communauté et la construction de graphes permettant leurs représentations. 2 outils sont à la disposition du chercheur : Navicrawler et Gephi Le premier est un outil d'exploration du web qui se présente sous la forme d'un plugin firefox. Cet outil permet au chercheur de créer un corpus de sites web et d'exporter un jeu de données contenant les liens tissés entre les sites du corpus. Ce jeu de données est ensuite traité dans gephi, projet open source qui permet de représenter graphiquement les relations entre les sites, les manipuler et les explorer. Nous avons donc assisté en direct à l'exploration de la communauté francophone de robotique.
The Digitable project
A travers le projet Digitable, Julien Nelson, doctorant en ergonomie, nous a présenté l'apport de l'ergonomie dans la phase de conception d'une table digitale. Les grandes étapes de son travail ont été : définition des usages, caractérisation des utilisateurs, élaboration d'une v1, test utilisateurs, analyse des tests, élaboration d'une v2, tests et analyse. Ses travaux ont conduit à la conclusion que lors du passage de la v1 à la v2, des fonctionnalités devaient être ajoutées au prototype. L'étude de la v2 a révélé que ces mêmes fonctionnalités détournaient l'utilisateur des fonctionnalités initiales réellement attendues. Ce type d'études ergonomiques permettent ainsi de comprendre avant la sortie d'un produit sur le marché, si le produit conçu et son utilisation correspondent à l'usage attendu.
Avatars
Ning Tan, doctorante en ergonomie nous a présenté les méthodes d'études permettant de concevoir des personnages virtuels. Basée sur des études comportementales et cognitives, l'élaboration des interactions avec les avatars repose sur l'étude de l'être humain. Nous n'avons malheureusement pas eu le temps d'assister à la totalité de la présentation.
Drone by Parro
Gaëtan Bourmaud, docteur en ergonomie et consultant-associé du cabinet AXErgonomie a présenté le projet AR drone. Il s'agit d'un quadricoptère piloté par un iphone, ipod touch ou ipad. Nous n'avons malheureusement pas eu le temps d'assister à la totalité de la présentation.
Conclusion
Suite à cette soirée, qu'en déduire de notre pratique de « l’ergonomie » et de notre conception de l'expérience utilisateur ? Qu’est ce qui nous rapproche des ergonomes ? Qu'est-ce qui nous en différencie ?
Leurs recherches et leurs travaux s'appuient sur une démarche scientifique fondée sur l’observation et l'analyse de l’activité humaine. Ils enregistrent, analysent et interprètent les comportements, autant en conditions réelles d'utilisation qu'en laboratoire. Cette démarche aussi fondée soit-elle représente une surcharge non négligeable en terme de planning et de budget. Les recommandations qui en découlent peuvent être parfois difficilement intégrées. Gaspillage ? Peut-être. D'où l'intérêt d'intégrer une phase ergonomique dès la phase de conception du projet.
En effet, durant cette phase conception, les résultats de leurs études sont de précieux atouts et nous devons en tenir compte, c'est indéniable.
Mais que penser de cette volonté de concevoir des produits construits sur la seule base d'analyses. Cette recherche de la maîtrise des risques n'est-elle pas illusoire ? Ne prive-t-elle pas l'utilisateur d'une part importante et essentielle dans sa relation à un produit : la capacité de l'utilisateur à décider de son usage ? Cette réinterprétation possible du produit par l'utilisateur ne lui confère-t-elle pas sa véritable valeur ? Ne lui laisse-t-elle pas la plus grande part ouverte à ses évolutions futures ?
